C'est le titre merveilleux de 2ème livre de Daniel Tammet.
Avec un titre comme ça, Il FAUT que je le lise.
Pour deux raisons :
Tout d'abord, Daniel Tammet est attachant : il est plein de douceur, de certitudes simples et d'espoirs pour tous. Il est né autiste "asperger" dit "savant" et peu à peu, à force de vouloir être comme les autres, il parvient à sortir de l'autisme. Je ne pense pas que l'on sorte complètement et définitivement de l'autisme un jour, mais ses progrès pour voir et comprendre ce qui l'entoure et s'adapter est extraordinaire. Ce qui est hors du commun aussi, est cette capacité d'introspection, cette faculté d'expliquer ce qui se passe dans son cerveau lorsque celui-ci "travaille".
Il donne le résultat de 435 X 786 aussi rapidement que nous pour 340 X 5 et sa façon de procéder n'aura rien de commun avec la nôtre !
Enfin en tout cas avec la mienne. Chez moi, c'est particulièrement laborieux.
Pour lui, les nombres ont des formes, des couleurs, des textures et parfois même des mouvements (le 8, c'est comme des abeilles qui virevoltent) : il est synesthète. La solution de ses calculs composera une espèce de paysage.
Daniel Tammet peut donc être le lien (la pierre de Rosette disent certains) entre nous et le monde fermé des autistes. Il peut nous aider à comprendre. D'ailleurs, il appelle à soutenir les autistes "parce que ce qu'ils ont à offrir peut enrichir toute l'humanité".
Deuxième raison : cette façon de voir les chiffres m'a montré de façon cruelle à quel point tout cela faisait défaut chez moi.
Dans mon petit cerveau, un nombre n'a pas de couleur, pas de sens, même pas de valeur..
Cela me gène dans la vie... heureusement que Cher et tendre aime les chiffres.
Je me suis rendu compte que quand je lis un livre, un magazine, je "saute" les nombres, quels qu'ils soient (dates, siècle...) mais je lis les petits nombres, les âges. S'il s'agit de sommes d'argent, je zappe direct, et dans ma vie, c'est pareil. Je reviens de courses et à la question "tu en as eu pour combien ?", je suis mal, je n'ai pas entendu la caissière me dire le montant (jamais et je suis presque sûre qu'elle l'a fait), je n'ai pas la moindre idée de la somme. J'ai payé et suis partie. Pourquoi ? parce que ça ne m'intéresse pas mais aussi et surtout parce que je suis, à ce moment-là, tout occupée à retrouver mon code de carte bleue. Que l'on me demande le code postal en même temps et mon cerveau fait des pirouettes !
Tous les rendez-vous à droite à gauche doivent être notés immédiatement car j'ai aussi du mal avec les dates bien sûr. Sauf si j'ai un point de repère (avant l'anniversaire de ..., le lendemain de la réunion...).
Avec des efforts et de l'organisation, ça va bien. Mais je ne peux jamais baisser la garde. Plantage assuré.
Daniel Tammet a énuméré en 2004 les 22514 premières décimales de pi, ça lui a pris 5 heures. Un japonais avait fait mieux, mais la performance est quand même incroyable !
De plus, il a une véritable aptitude a apprendre une langue, d'ailleurs il en connaît dix.
Je crois qu'il propose des méthodes d'apprentissage de langues, loin des déclinaisons et des conjugaisons dénuées de sens. Je n'ai sûrement pas le même cerveau, mais là, j'ai le même avis !
Embrasser le ciel entièrement (Emily Dickinson, poète américaine du 19e)
Le cerveau est plus vaste que le ciel,
Car mettez-les côte à côte
L'un contiendra l'autre sans peine
Et vous, de surcroît.
Le cerveau est plus profond que la mer,
Car, tenez-les, bleu contre bleu,
L'un absorbera l'autre,
Comme l'éponge, l'eau du seau.
Le cerveau est du même poids que Dieu,
Car, pesez-les, once pour once,
S'ils diffèrent, ce sera comme
La Syllabe et le Son.